LA PSYCHOSYNTHESE : le choix de vivre un processus vital et créatif

Tan NGUYEN, philosophe-thérapeute et artiste, master en philosophie, master en arts plastiques, ex- vice-président de la Fédération Française de Psychothérapie (FF2P), a été président de l’EFPP (European Federation for Psychosynthesis Psychotherapy). Exerce depuis 43 ans. Auteur de « Pourquoi la psychothérapie ? » (Dunod).

Tous droits réservés, Centre Source, mars 2017 

Quand entreprend-on ce qui est convenu d’appeler un travail sur soi, c’est-à-dire une remise en question de la manière dont nous menons notre vie, et même des ressorts de ce qui nous motive dans notre existence ?

Est-ce à l’occasion d’une brisure occasionnée par les incidents/accidents de la vie ? Une difficulté passagère de l’existence ?  Un manque de communication dans le couple ? Un changement professionnel ? Une maladie grave qui a affecté notre vie ou celle d’un proche ? Un changement hormonal occasionné par la ménopause, la puberté, la maternité ? Une rupture affective ? Un deuil non terminé ? Une perte de sens ou de foi dans ce que nous entreprenons ?

Un départ à la retraite ? Une agression ?

 Les réactions aux événements sont subjectives. Il n’y a pas une échelle « scientifique » des facteurs de stress. Chaque personne réagit de manière personnelle aux évènements de l’existence humaine.

Au moment où j’ai débuté l’écriture de ce texte, j’ai appris, avec émotion, la mort d’un ancien compagnon d’un membre de ma famille. Il était atteint de la maladie de Charcot, maladie auto-immune du système nerveux. Celle-ci s’était déclarée au début de l’été, il est mort 6 mois après.

C’était un homme bon et généreux, attachant. Dans le passé, je lui avais fait remarquer ses tics nerveux permanents et son sens de l’humour noir en utilisant la dérision.

Du point de vue d’un observateur extérieur, on peut toujours supputer la logique d’un mécanisme de dégénérescence auto-immune, mais seule la personne est à même de connaître les ressorts intimes de sa vie et de sa mort. Cet homme, en l’espace de 3 ans, avait vécu trois événements existentiels : le départ en retraite (un retraité encore jeune, car ex-fonctionnaire), la mort de sa mère (pour un adulte âgé, la mort d’un parent a un impact important, généralement sous-évalué), et la rencontre, après une longue période de célibat, d’un nouvel amour gratifiant.

Ces événements ont pu contribuer à favoriser une réaction d’hypersensibilité au changement, en amplifiant des réactions émotionnelles sur un terrain déjà activé.

Un être humain est un système vivant en interaction permanente avec son environnement sous toutes ses formes (familial, affectif, professionnel) à la fois interpersonnel et intra-personnel. Toutes les dimensions (sociale, psychique, biologique, affectif) s’interpénètrent dans un ensemble mouvant.

La pensée systémique diffusée, notamment, par Edgar Morin et Paul Watzlawick, décrit les systèmes vivants comme des ensembles complexes en équilibre instable, composés d’éléments organisés qui interagissent en échangeant pour assurer la survie ou le développement de l’ensemble.

Le fondateur de la psychosynthèse, le Docteur Roberto Assagioli (1888-1974) utilisait l’exemple de l’organisme humain pour illustrer le processus de la bio-psychosynthèse, notion centrale dans la méthodologie qu’il avait créée. Un organisme est composé d’un ensemble de parties : les fonctions et organes qui sont coordonnées entre elles, et en même temps, l’organisme forme un tout plus grand que la somme des parties.

Plus il y a d’échanges et de relations entre les parties, plus l’ensemble sera en mouvement dynamique, en interaction créative avec l’environnement. Si l’échange se réduit entre les parties, il y a coupure et clivage, et les échanges se réduisent aussi entre l’organisme et l’environnement. C’est le cas de figure de la dépression.

Exister, ce n’est pas seulement survivre et s’adapter aux contraintes. Exister, c’est se sentir exister, à la fois vis-à-vis de soi-même, d’autrui et du monde. On se sent être. L’être respire. Il est porté par un mouvement d’expansion qui s’exprime par la curiosité envers le monde autour et par le désir d’entrer en relation.

La plupart du temps, exister, c’est vivre dans les limites configurées par l’environnement familial et social, et par ses propres stratégies adaptatives.

On est davantage focalisés sur les limites et sur les difficultés que sur le sentiment d’existence, d’où une frustration et une souffrance plus ou moins aiguë qui peut dégénérer en somatisation.

Nous supposons, en psychosynthèse, une tension entre deux tendances : l’adaptation pour la survie et l’ouverture pour une évolution personnelle. Créer une relation équilibrée, dynamique et consciente entre ces deux tendances fait partie du processus de synthèse. Reconnaître ces deux tendances, facilite l’accès à un choix intérieur réel, qui précède des décisions ultérieures.

Le schéma 1 décrit le processus d’ouverture : le moi de survie s’ouvre à une qualité de présence plus ouverte à soi et au monde. Les modalités de cette ouverture sont vécues à la fois au niveau mental, émotionnel, corporel et relationnel.

 

Dans un premier temps, je vais décrire la clinique de la psychosynthèse, c’est-à-dire la manière pratique dont se passe une guidance individuelle, et dans un deuxième temps, les origines et l’évolution de la méthode dans le monde au cours des 90 dernières années.

 

Quand je reçois une personne, quelles sont les hypothèses de travail que j’utilise ? Les étapes du processus sont décrites dans le schéma 2, la spirale de la synthèse

D’abord, quand la personne vient la première fois, elle a pris conscience d’un « problème », ce qui veut dire un « symptôme ».

Le mot symptôme vient du grec « coïncidence », ce qui « survient avec ». Avec quoi ? Quand vous allez chez le médecin, vous présentez des symptômes d’une maladie que le praticien va détecter. Il prend le temps de repérer la maladie sous-jacente qui va avec le symptôme.

Dans le cadre d’une consultation en psychosynthèse, le symptôme est interprété comme un message possible de la position existentielle de la personne, c’est-à-dire ses choix de vie. Donc, j’écoute le symptôme comme une information sur la relation que la personne a avec elle-même et avec le monde. Il ne s’agit pas de se focaliser uniquement sur le symptôme et sur la demande apparente.

Et, en même temps, il y a une nécessité de valider ce symptôme, c’est-à-dire reconnaître le sens vital qu’il comporte. Aux futurs praticiens que je forme, je dis toujours que le symptôme est une solution que la personne a trouvée pour préserver l’équilibre de son système de vie. Cela veut dire quoi ? Un exemple du quotidien : j’ai un travail important à rendre d’urgence, je tombe malade, je ne peux pas rendre le travail. Je n’ai pas eu à dire non à des obligations.

Le symptôme permet de faire baisser une tension. Pouvoir nommer les frustrations existentielles, c’est déjà se donner un point de repère. « Je ne peux pas », « je ne suis pas assez », « je n’ai pas », etc. Le symptôme reconnu est déjà une partie de la solution.

Comme symptômes présentés par des clients venus récemment, je peux citer :

  • Une femme ne pouvant se stabiliser dans ses relations affectives
  • Un médecin culpabilisé par rapport au mal-être de ses proches
  • Une jeune femme ne pouvant devenir mère

Etc.,

Je ne cherche pas à soulager une angoisse ou donner des réponses, mais plutôt à être en empathie avec la personne, à l’écoute de sa qualité de présence. Progressivement, je facilite la prise de conscience d’un désir vital/existentiel sous-jacent. A quoi la personne aspire ? Si ses difficultés étaient résolues, comment elle se sentirait ?

La personne peut réaliser que le blocage est dans son propre fonctionnement, et non pas dans l’environnement. Dans cette phase, je facilite la prise de conscience d’un conflit éventuel entre différentes parties de soi : les sub-personnalités, suivant les termes d’Assagioli, les différentes facettes de la personnalité, connues, moins connues ou même inconnues.

Des techniques de visualisation ou de jeux de rôles permettent l’acceptation de ces différentes parties. Il se produit alors une dés-identification, c’est-à-dire que la personne ne s’identifie pas à un trait de caractère, une mémoire passée ou un mécanisme. Elle a cette identité partielle, et en même temps, elle est plus grande que cette identité.

Les parties acceptées sont intégrées dans une nouvelle expérience existentielle de soi-même.

On peut envisager le parcours existentiel comme un processus continu. Processus veut dire mouvement, ce qui implique une série d’équilibres, de déséquilibres, et de nouveaux équilibres.

Il s’agit de prendre la responsabilité de sa position existentielle, c’est-à-dire reconnaître et accepter là où j’en suis.

Parmi les cas cités plus haut, la femme qui n’avait pas une vie affective stable, a pu reconnaître une sub-personnalité « peur de l’implication émotionnelle ». Le médecin a accepté de ne projeter sa propre angoisse sur ses proches. La jeune femme qui ne pouvait devenir mère, a pu s’ouvrir à la confiance en elle et en son couple, et réaliser son désir de maternité. 

Une fois, face à une personne qui parlait beaucoup et expliquait beaucoup ses motivations, j’ai validé son symptôme en disant simplement :

« Continuez de parler, et laissez-vous respirer en même temps ». Elle a pris conscience qu’elle était en apnée, et que l’angoisse de ne pas être entendue et acceptée l’empêchait de parler et de vivre à son rythme propre. A partir de cette ouverture, elle a pu apprendre à écouter son rythme vital et à se sentir respirer et exister.

Apprendre à accueillir les émotions, quel qu’elles soient, nous permet de les transformer et de les ressentir comme un flux d’énergie vitale se répandant dans l’ensemble de notre être.

Dans la perspective de la bio-psychosynthèse d’Assagioli, il est possible de repérer des zones

du corps qui recèlent une mémoire émotionnelle.

 

Bien sûr, il n’y a pas de miracles, mais l’éclairage d’une direction, d’une orientation existentielle. Dans l’obscurcissement de notre discernement et les méandres de notre esprit, une direction qui prend forme, permet de créer un cheminement.

Assagioli avait défini les techniques de mise en forme de ce cheminement dans son livre L’Acte de Volonté, la mise en forme de la volonté d`être dans les différentes dimensions : corporelle, émotionnelle, mentale, imaginative.

 

Quelles sont les origines de la Psychosynthèse ?

Comme toute histoire, celle de la Psychosynthèse commence par une rencontre.

En 1909, Jung rencontre le jeune docteur Roberto Assagioli venu effectuer un stage de psychiatrie dans la fameuse clinique suisse du Burgholzli dirigée par Bleuler dont il était l’adjoint. Jung écrit alors à Freud :

« parmi les oiseaux migrateurs…notre premier italien, un certain docteur Assagioli, de la clinique psychiatrique de Florence. Ce jeune homme est très intelligent, et paraît très cultivé, un adepte enthousiaste qui entre dans notre domaine avec le brio nécessaire ».

C’est ainsi que Roberto Assagioli entra en contact avec les milieux psychanalytiques : il devint le premier psychanalyste italien (pour une période brève).

Mais bientôt, Jung et Assagioli, qui étaient des esprits indépendants, allaient diriger leurs recherches dans une direction différente de l’obédience freudienne. Jung jettera les bases du processus d’individuation et Assagioli créera en 1926 la bio-psychosynthèse. Signalons la similitude de leurs recherches d’autant que leurs auteurs garderont une relation épistolaire.

Quels sont les principes fondateurs de la Psychosynthèse ?

La psychanalyse de Freud est apparue à la fin du 19e siècle pour démonter certaines « vérités » métaphysiques de la philosophie occidentale à propos de la conscience. Jusqu’à Freud, la philosophie était basée sur un Sujet de Raison unifié en quête d’une connaissance absolue du monde et de la nature. La Philosophie des Lumières était supposée apporter la libération par un processus d’illumination (Aufklärung). Descartes faisait référence à un Sujet pensant dont le doute quant à lui-même était la preuve même de son existence. Kant, avec l’Impératif Catégorique, éleva la morale au niveau de l’universel.

Freud vint déranger ce tableau en soulignant la nature divisée du Sujet et les mobiles cachés de l’inconscient. Il a introduit une révolution copernicienne en montrant que l’homme occidental n’est même pas le maître de son âme : « Allez dans votre moi profond, et apprenez d’abord à vous connaître, et alors vous saurez pourquoi vous devez tomber malade, et peut-être éviterez-vous de tomber malade ». Freud eut l’ambition de créer une science de l’inconscient distincte de la médecine qui négligeait la subjectivité du thérapeute, et de la religion qui pouvait dissimuler les instincts réprimés. Il déclara à Binswanger qui était alors jeune psychiatre imprégné de philosophie et de spiritualité : « l’humanité, en effet, savait qu’elle était dotée d’esprit ; je devais lui montrer qu’il existe aussi des pulsions. Mais les hommes sont toujours insatisfaits, ils veulent toujours quelque chose d’entier et d’achevé » (Binswanger, Analyse existentielle, p.346).

A l’opposé, Assagioli suivant en cela Jung et Binswanger, réintroduisit la philosophie et la dimension du spirituel dans la psychothérapie. Il se référait explicitement à la psychagogie, la pédagogie platonicienne de l’élévation de l’âme vers l’idéal, et tout en acceptant l’existence de l’inconscient, proposait de cultiver des qualités transpersonnelles telles que l’amour, la joie, la beauté. Il plaçait au centre de la psyché, le Sujet, le Je, distinct des contenus de la conscience et apportant une perspective unificatrice à la psyché tout entière.

En 1926, il écrivait : « La psychosynthèse étudie chaque fait psychique en relation à sa connexion vitale avec le centre de conscience, sur la base de la connaissance et de l’action du Je ». Ce Je est élaboré par la pratique de la désidentification et reflète les énergies du Soi (analogue au Soi de Jung qui représente l’entièreté de la psyché, incluant l’inconscient).

Assagioli, tout comme Jung, abandonna le concept de libido en faveur du concept plus large d’énergie psychique. Il fit la distinction entre différents plans d’inconscient alors que Freud considérait l’inconscient comme un tout : un plan supérieur ou supra-conscient correspondant aux aspirations créatives, spirituelles et artistiques, un plan moyen qui équivaut au pré-conscient freudien, et un plan inférieur ou infra-conscient qui ne serait autre que l’inconscient freudien. Dans un tel schéma, les tendances esthétiques, religieuses seraient là, dès le départ, dans l’inconscient, prêtes à être conscientisées. L’homme de la préhistoire serait notre égal, disposé, comme nous à goûter à la beauté et au mystère du monde : les peintures de la grotte de Chauvet nous le montrent ainsi.

De plus, comme cela fut souligné par le philosophe français Paul Ricœur, la psychanalyse s’est concentrée sur l’analyse de la construction passée de la personnalité. Freud a dit expressément qu’une psychosynthèse était inutile puisque, après  une analyse approfondie, la synthèse se produirait d’elle-même: « quand nous réussissons à décomposer un symptôme, à libérer un émoi instinctuel de l’association où il se trouve engagé, il ne demeure pas isolé mais entre immédiatement dans une nouvelle combinaison…C’est ainsi que se réalise automatiquement, inévitablement, la  psychosynthèse, sans que nous ayons eu à intervenir » (Freud, la technique psychanalytique, p.134).  En fait, il nous semble qu’un processus de synthèse de la psyché a besoin de s'appuyer sur la conception d'un sentiment de raison d'être et de devenir. Pour définir ce sentiment, Assagioli a utilisé le concept de transmutation des énergies psychiques et de synthèse des opposés. Ce concept fait référence à une téléologie des profondeurs de la psyché, c’est à dire à un sens de finalité dynamique alors que la psychanalyse freudienne tend vers une régression toujours plus lointaine dans le passé antérieur.

Ainsi, Assagioli a donné à la Psychosynthèse une direction qui diffère de la psychanalyse de façon radicale. La désidentification en est une notion-clé.  Assagioli la décrit ainsi : « nous sommes dominés par tout ce à quoi nous nous sommes identifiés. Nous pouvons dominer et contrôler tout ce dont nous nous désidentifions. » (Psychosynthesis, p.22). Ainsi, si je porte toujours la même chemise, je finis par me confondre avec elle, par croire que c’est ma peau elle-même. Effectivement, la désidentification de certaines mémoires archaïques équivaut à un douloureux arrachement à une jouissance morbide, mais elle mène aussi vers une prise de conscience d’une réalité plus grande du Soi que constitue l’entièreté de la psyché.

« Je » réalise que j’ai une et même plusieurs chemises, mais que je ne suis pas ma chemise. » Le « Je » d’après la désidentification n’est évidemment plus le même que celui d’avant la désidentification.  Ceci ouvre une nouvelle perspective sur les crises morales ou existentielles, sur l’expérience du deuil et de la perte qu’un individu traverse au cours de la vie.  Il ne s’agit alors plus alors de lutter contre la perte irrémédiable d’une ancienne identité refoulée, mais de s’ouvrir sur une expérience d’une identité ressentie comme étant plus large, le Soi. La perte et la mort sont incluses dans ce processus comme faisant partie de l’expérience humaine.

L’inconscient freudien est marqué par la dualité conflictuelle conscient/inconscient, pulsion de vie/pulsion de mort, ça/surmoi. L’inconscient de la psychosynthèse prend en compte l’existence des polarités comme une phase nécessaire ouvrant vers une synthèse nouvelle, inconnue au départ et dépassant l’opposition entre les polarités.

A côté du pas de deux freudien, Assagioli lance une danse à trois temps :  prise de conscience d’identifications inconscientes, désidentification, puis nouvelle prise de conscience d’un autre « Je » reflétant un Soi transpersonnel. La phase de synthèse est un tiers inclus dans cette dynamique alors qu’une logique binaire exclut la synthèse.

 

En 1965, parut aux Etats-Unis, l’ouvrage d’Assagioli Psychosynthesis, regroupant ses idées élaborées dans divers articles au cours d’un demi-siècle. Il y brossait un tableau du vaste « travail » de réalisation de soi de la psyché : « Si nous considérons la psychosynthèse comme un tout, avec toutes ses implications et développements, nous réalisons qu’elle ne doit pas être envisagée comme une doctrine psychologique particulière ni comme une procédure seulement technique.

C’est d’abord et avant tout une conception dynamique et même dramatique de notre vie psychologique qu’elle décrit comme une interaction permanente et conflictuelle entre d’une part, les différentes forces de nature diverse, et d’autre part un centre unificateur qui tend sans cesse à les contrôler, harmoniser et utiliser.

Par ailleurs, la psychosynthèse utilise de nombreuses techniques d’action psychologique, visant d’abord le développement et perfectionnement de la personnalité, et ensuite sa coordination harmonieuse et son unification croissante avec le Soi. Ces phases peuvent être respectivement appelées « personnelle » et « spirituelle » (Psychosynthesis, 1970, p.30).

Ainsi, Assagioli décrivait une vue d’ensemble d’un chemin de réalisation personnelle qui incluait à la fois le parcours psychothérapeutique et l’aspect éducation, développement personnel, formation, inhérent à ce chemin. Ce travail psychique implique :

  • Une utilisation des énergies de l’inconscient devenues disponibles grâce à l’analyse.
  • Le développement des aspects de la personnalité déficients ou inadéquats.
  • La coordination des différentes énergies et fonctions psychologiques dans le nouvel ensemble de la personnalité ainsi créé.

C’est un vaste programme que décrit Assagioli ! Il précise que les différentes phases et méthodes sont imbriquées ensemble et ne sont pas dans un ordre séquentiel. « Un être humain n’est pas un immeuble dont les fondations doivent d’abord être posées, puis les murs érigés, et finalement le toit surajouté. Le vaste programme intérieur de la psychosynthèse peut être entrepris, à partir de points de vue et d’angles différents en même temps, et les différentes méthodes et activités peuvent être judicieusement alternées pendant des cycles plus ou moins longs, suivant les circonstances et les conditions internes » (Psychosynthesis, p.29).

 

Cette méthodologie avait de quoi séduire les tenants de la psychothérapie humaniste qui avait émergé aux Etats-Unis dans les années 60, en s’appuyant sur les travaux d’Abraham Maslow et de Carl Rogers, entre autres. Ce courant avait donné naissance à une profusion de techniques de psychothérapie effectuant une prise en compte du corps, des émotions et du fonctionnement mental.

La psychothérapie est un traitement de la souffrance, c’est à dire un soin du mal de l’âme. L’âme souffre de se retrouver enfermée dans ses propres représentations et d’être coupée du monde des humains. C’est notamment le cas du psychotique, mais aussi du déprimé ou de tout malade. Selon la Psychosynthèse, le chemin de la guérison du patient est celui du retour vers son humanité, c’est-à-dire le réveil du désir de vivre, d’échanger avec les autres et avec le monde.

Le lieu thérapeutique est un lieu ouvert, dans ce sens que cette expérience de création du Soi est accessible par de multiples voies : le corps, les émotions, les sentiments, l’imagination, la volonté. Le thérapeute utilisera une palette de techniques ajustées aux besoins actuels du patient : techniques d’acceptation, techniques cathartiques, éducation des fonctions psychiques, techniques corporelles, développement de la volonté, évocation du supra-conscient, évocation des sentiments esthétiques et de la dimension poétique du Soi.

Après 90 années d’existence, la psychosynthèse est diffusée dans le monde. En France, elle est représentée par le Centre Source-Ecole Française de Psychosynthèse, institut de formation de l’EAP (European Association for Psychotherapy) de la FF2P (Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse).

 

Infos : www.psychosynthese.com

Bibliographie :

-La Psychosynthèse (P. Ferrucci, éd.Retz) en vente au Centre Source
-Le développement transpersonnel (Assagioli, éd. Desclée de Brouwer).
-Psychosynthesis (Assagioli, Viking Press)
-Psychosynthèse, principes et techniques (Assagioli, éd. Desclée de Brouwer).

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